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Un film brillant et émouvant sur un président de la République en fin de mandat.
Après Parthénope, présenté en compétition au festival de Cannes 2025, le réalisateur italien Paolo Sorrentino revient avec un film sur l'intimité d'un président de la République à la fin de son mandat, confronté à des dilemmes.
Rome, période contemporaine, Mariano De Santis (Toni Servillo), président de la République italienne termine son mandat, entre mélancolie et lassitude. Dorotea (Anna Ferzetti), sa fille et proche collaboratrice, l'a mis au régime. Il a perdu sa femme plusieurs années auparavant, et ne se console pas.
Avant de quitter le pouvoir, il doit s'acquitter de deux missions qui ont à voir avec la mort : un projet de loi sur l'euthanasie, qu'il peut signer, ou laisser à son successeur, et deux grâces présidentielles pour un homme et une femme, condamnés à perpétuité pour avoir tué leurs conjoints respectifs. Une troisième question, d'ordre privé cette fois, le hante plus que tout le reste : il voudrait à tout prix connaître le nom de celui avec qui sa femme l'a autrefois trompé.
Près de vingt ans après avoir dressé le portrait d'un bien réel président du conseil dans Il Divo, le réalisateur italien imagine cette fois la figure fictive d'un président de la République, dont il énumère au début du film la liste des prérogatives. Si la constitution italienne confère au président une charge essentiellement honorifique, c'est néanmoins lui qui garantit l'unité nationale (le film s'ouvre sur un ballet d'avions militaires dessinant dans le ciel les couleurs de l'Italie), et qui, entre autres, veille au respect des lois et de la Constitution ou encore a le pouvoir d'accorder les grâces.
Paolo Sorrentino dessine un président ancien juriste, taiseux, rigoureux jusqu'à la rigidité. Un tempérament résumé par le surnom qu'on lui donne, "Béton armé", qu'il est bien le seul à ne pas connaître. Le film nous fait partager le quotidien de cet homme, qui dit se sentir devenu "superflu". On le voit souvent seul, mais aussi dans ses échanges avec sa fille, Dorotea, juriste elle aussi, qui sème le doute et le renvoie face à lui-même, ou avec ses vieux amis.
Pendant ces six derniers mois de mandature, le président rend une visite officieuse à un détenu pour pouvoir, "de près", saisir sa vérité avant de décider s'il doit le gracier ou pas. Il s'endort en priant mais rend visite au pape, fait de longues pauses, au crépuscule, sur la terrasse du palais, où il fume son unique cigarette autorisée de la journée en pensant aux sujets qui l'occupent, mais surtout à sa femme disparue... Toni Servillo incarne ce personnage tout en retenue avec une sensibilité exceptionnelle. L'acteur, pour la 7e fois au générique d'un film de Paolo Sorrentino, a reçu à la Mostra de Venise le prix d'interprétation pour ce rôle.
"Ce qui me tient à cœur, c'est le passage du temps" confiait Paolo Sorrentino dans un entretien à franceinfo Culture à l'occasion de la présentation à Cannes de Parthénope. Un sujet qui décidément l'occupe, puisqu'il est au centre de ce nouveau long-métrage, cette fois en forme de bilan, dans les questionnements et les doutes d'un homme arrivé dans les derniers épisodes de son existence.
"A qui appartiennent nos jours ?"
On y retrouve ce soin extrême dans le cadrage des plans, composés avec une obsession de l'équilibre, et de l'esthétique. La fantaisie est toujours là (un pape noir, dreadlocks, roulant en scooter, ou encore un astronaute qui pleure, larmes en apesanteur), et un sens aigu du rythme. Ici la lenteur, qu'il travaille avec une palette de plans fixes, de légers mouvements, de légers ralentis, de répétitions, et de musique, une autre de ses obsessions. Sorrentino met en scène le son pour rythmer son récit comme un ballet, mais aussi pour transmettre des messages (un rap qui fait vibrer en secret le président de la République).
A travers ce portrait intime, La Grazia interroge de manière universelle l'âme humaine et les grands thèmes qui l'habitent, l'amour, l'amitié, le doute, la trahison, le courage. Le réalisateur questionne aussi le monde, et en particulier son pays, sur l'exercice du pouvoir, le rôle du politique dans la mise en œuvre et le respect des lois, de la justice, avec, en filigrane, une certaine idée de la démocratie.
"A qui appartiennent nos jours ?", demande Dorotea à son père. Une belle question, que l'on peut interpréter de mille façons, et qui porte en elle toutes celles soulevées par ce très beau film, plein de profondeur et de grâce.
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